Bibliographie :
Marie Glon, Isabelle Launay, Histoire de gestes, 2012
Étienne Davodeau, Les ignorants, Récit d'une initiation croisée, 2011
Henry David Thoreau, Balade d'hiver couleurs d'automne, 1846-1862
Émile Zola, La Terre, 1887
Edmund Husserl, La terre ne se meut pas, 1989
Expérience

Énumération : 360° vertical (PF)
du blanc et du noir, mes mains, un tout petit bout d'ongle, une peau, le pli d'un doigt, du noir et de la boue, du noir sur de l'orange, de la boue, des petites vagues rouges, un trait vert, un enchevêtrement d'herbes, des herbes vertes, marrons, jaunes, un tapis d'herbes vertes, marrons, jaunes, une orchidée, un morceau de bois, avec des bourgeons, des feuilles mortes, des feuilles de platane, un enchevêtrement de brindilles, des feuilles mortes, une écorce de platane, une touffe d'herbe, des feuilles qui bougent au vent

Énumération : 360° vertical (ML)
Du orange du vert, de la soie orange, un bouton pression, un doigt, un peu de peau, ma manche de blouson verte, des brins d'herbe entremêlés, un morceau d'écorce de platane, le talon de ma chaussure, la couture de la semelle, on suit la couture, le deuxième talon, je suis la couture, des brins d'herbes ,des feuilles de près, des brins d'herbes verts, jaunes, des feuilles de platane marron, une petite brindille, des feuilles de platane, des brins d'herbes, des feuilles de platane, une branche de platane, avec ses brindilles et ses feuilles mortes accrochées encore quelques-unes, d'autres sur le sol, des brins d'herbe, une autre branche de platane, des brins d'herbe jaunes, vert clair, vert foncé, marron, une fleur de trèfle j'ai l'impression fanée, une touffe d'herbe plus foncée plus haute, des brins d'herbe plus jaunes, une petite dénivellation du terrain, un tronc d'arbre, un chêne je pense, noir, beige, marron, je suis ce tronc d'arbre, jusqu'à un embranchement, trois grosses branches, une plus fine, je suis la branche du milieu, plein de petites brindilles, de branches, avec derrière, un fond gris bleu blanc, je remonte la branche, d'autres petites branches partent de cette branche principale, des brindilles, j'arrive au sommet de l'arbre, le fond est gris, gris, gris foncé, de nouveau des branches d'arbre, et puis une branche, du bout de l'arbre, il est beaucoup plus proche, des plus grosses branches, d'autres brindilles, quelques feuilles mortes, un fond gris, gris presque blanc. Et j'ai terminé avec ça.

Des nuages gris, gris clair, gris foncé, un peu de bleu, des branches de platane, avec leurs boules accrochées, des nuages, des nuages, poussés par le vent, blancs, gris clair, gris foncé, de plus en plus foncés au fur et à mesure que je me rapproche de la ligne d'horizon, gris foncé et puis bleuté, de plus en plus bleu et gris foncé, puis les reflets du soleil à l'horizon, du jaune, du blanc, des arbres, dans le ciel, un champ, champ marron ,vert, des vallons, des herbes, du marron dans le champ, labouré, au repos, qui attend les prochaines semences, et puis plus près de l'herbe, de l'herbe jaune, de l'herbe verte, des feuilles de platane séchées, des branches qui dépassent de l'arbre, une grosse branche, avec ses feuilles sèches, ses boules de platane, encore accrochées, des branches posées sur le sol, sur l'herbe verte puis marron jaune, des touffes d'herbe, de l'herbe, de l'herbe, des feuilles, des feuilles, des branchettes, des branchettes, des feuilles, de l'herbe, de l'herbe, encore de l'herbe, des touffes d'herbe, des feuilles, des branches, des branches, des feuilles, de la paille, de la paille, euh, des herbes de différentes sortes, de l'herbe, des feuilles marrons, des feuilles d'orchidée, mes bottes bleues, mes doigts, mes doigts posés sur me bottes bleues marines, mes mains posées l'une sur l'autre, mes manches noires et puis vert anis, les manches de mon pull, à nouveau mes bottes, mon pantalon noir, mon pull vert anis, mon écharpe, un mélange de bleu, de vert, de bleu marine. Jusqu'à mon cou.

Gestes de Terre, Groupe Unber Humber.
Interview de Patricia Ferrara (détail édito du blog).
tiré du site Caramel mou / Radio Campus
La verticalité c'est toujours quelque chose qui est en ajustement permanent. Même si c'est tout petit : la verticalité c'est une succession de réajustements permanents. Il y a des muscles qui travaillent...
C'était bien de sentir ces mouvements infimes. Ces toutes petites choses qui font qu'on est en réajustement permanent.
Une fois qu'il y a cette espèce d'inertie. (...) Du coup le poids opère le travail de relier à la terre.
De sentir qu'on peut être mis en mouvement sans sa propre volonté.


(Patricia Ferrara)
Bibliographie :
Alain Berthoz, Le sens du mouvement, 1997
Bernard Farinelli, L'avenir est à la campagne, 2008
Charles Fréger, Wilder Mann, ou la figure du sauvage, 2012
Michel Houellebecq, La carte et le territoire, 2010
Michèle Salmona, Les paysans français, Le travail, les métiers, la transmission des savoirs, 1994
Jean-Luc Breuvart, Catherine Donzel, L'herbier du jardin, 2005
Richard Walker, Le corps humain, 2009
Expérience

Description du paysage

>> (ET) Je vois, une longue pente de terre, précédée d'une autre longue pente de terre, toutes deux dépourvues de végétation, de grandes végétations avec quelques petites brindilles. Il n'y a pas de feuilles mortes, car il n'y a pas d'herbe autour. Derrière la plus avancée, il y a un petit chemin, qui mène à une maison faite de tôle principalement, et une autre petite maison avec quelques arbres dessus ; et, en fond, il y a une forêt.
>> (V) De mes yeux je vois, une bâche verte, une table blanche, des briques rouges, et un arbre. Enfin un poteau gris.
>> (PF) J'avais les yeux fermés et puis en fait au fur et à mesure de l'énoncé, il y a un paysage imaginaire qui se construit, il y a une représentation (…) c'est ce que j'ai vu, et en fait quand j'ai ouvert les yeux c'était ça (…) du coup ça l'a révélé d'une manière différente - regardez si c'est beau - et je l'avais pas vu…
>> (ET) Ce jeu là permet de mieux reconnaître ce qui nous entoure et de voir les choses.
>> (NL) On retrouve le cadre (…). On est dans les yeux de l'autre.
>> (?) On ne voit pas tous l'espace de la même façon. On avait du mal.
>> (AG) J'ai bien aimé le côté très poétique quand on ferme les yeux, qu'on entend les mots. Y'a quelque chose qui s'installe. Un paysage imaginaire qui s'installe. Ce va-et-vient entre : quand on décrit à l'autre, les yeux fermés, et quand on a les yeux fermés, qu'on entend ces mots ; c'est un va-et-vient entre les imaginaires, qui est très beau. Ca m'a presque plus plu que de retrouver le bon cadre, c'était rigolo… ces imaginaires là."
>> (JML) On est rentrés un petit peu dans une manière de décrire qui devenait…beaucoup plus succincte - des informations très peu détaillées - la quête forcément… Elle ne se construisait pas vraiment en accord avec la nature qui nous entoure.
Bibliographie :
Phyllis Galembo, Maske, 2010
Hans Häckel, Guide des phénomènes météorologiques, 2000
Claude Eveno, Regarder le paysage, 2006
L'homme paysage, Guide de l'exposition, 2007
Silvia Pérez-Vitoria, La riposte des paysans, 2010
Architectures végétales de Midi-Pyrénées : haies, arbres et complants, 2003
Ushio Amagatsu, Dialogue avec la gravité, 2000
Dominique Dupuy, La sagesse du danseur, 2011
Maria Leao, La présence totale au mouvement, 2003
Expérience

Énumérations dans le paysage

Taupe, brindille, champignons, des bottes bleues, des feuilles de chêne, du feuillage mort, de l'herbe verte et de la mousse, un sentier, de la terre, J'AI, une casquette noire, de la mousse, des feuilles, une alliance, un foulard orange, une pierre, des chaussures bleues, un appareil photo.
Dersou Ouzala, Akira Kurosawa, 1975
Qu'est-ce qui te relie à la terre ?

Rassurant.
Être debout. Le courage me relie à la terre.
L'envie de faire pousser.
Apprendre des choses sur la planète.
Terre, matière, organique.
Terre, odeur, humus, feuilles, vivant, cycle.
Terre, arpenter, marcher, gravir.
Ce que je mange et la mer.
Terre, amour pour la planète, relief, vallon, ruisseau.
Terre ; rythme dans le corps et une force, une énergie, une puissance, un lien.
Terre, tendresse, choses maternelles.
Terre, génération.
Odeur, contact, paysage.
Souvenir, images fortes.
Mon grand-père dans son jardin.
La terre en creux du ciel.
Mon enfance ; les saisons, le ciel, les nuages, les fruits ; l'apaisement.
Un lien perdu.
Quel est ton paysage ? Qu'est-ce que c'est pour toi : un paysage ?

Qu'est ce que ce serait un geste dans le paysage pour toi ?

(MD) Pour moi paysage, c'est perte de vue, et plutôt perte de vue avec au bout les montagnes (…) paysage c'est la vue sur les Pyrénées, c'est mon paysage qui me fait du bien quoi. Et le geste, ben du coup c'est y aller, enfin c'est marcher, c'est aller vers là-bas.
(AM) Moi mon paysage en fait c'est les collines dans le tarn. C'est un paysage assez vaste, où il y a différents niveaux, mais on voit très très loin, et surtout on voit des collines, avec des bosses qui descendent et puis qui remontent, et puis on voit à gauche et puis on voit à droite (…) et puis des champs qui sont labourés par la terre, enfin des textures différentes et des endroits où sur les collines y'a des rangées qui ont été labourées, d'autres ont été semées. Voilà. Et puis le geste pour moi c'est de tourner (…) en fait. Je peux me griser de ça. C'est-à-dire, tourner.
(JML) Pour moi le paysage je pense que c'est tout ce qui… Tout ce que je regarde peut être un paysage. À partir du moment où on pose le regard sur un environnement, il peut devenir un paysage. Qui dit paysage dit regardeur et souvenir de ce qu'on a vécu. On se rappelle d'un paysage alors qu'on est passé devant…. C'est un peu comme ce que disait Elliott tout à l'heure, on va passer dans le chemin et puis y'a pas de paysage, c'est-à-dire que…, ou alors on avait les yeux fermés, et le paysage il est complètement à l'intérieur, alors voilà quoi. Donc voilà ça c'est un ordre général, après j'avoue que pour moi le paysage c'est quelque chose qui a été plus ou moins… c'est plus ce qui nous entoure pour moi le paysage. C'est plus ça qu'une affaire sauvage je pense : une nature domestiquée et le geste ça serait peut-être ce qu'on a fait : du cadrage, l'organisation du regard qui fait que ça devient un paysage.
(AG) Donc effectivement le paysage, pour moi, j'en ai plusieurs et c'est autant un paysage de bords d'océan, que du causse du Lot, de pierres, et en fait le paysage pour moi c'est une ouverture accueillante, bienveillante, pour mon corps et mon esprit. Obligé. Le geste ce serait : (elle fait le geste) Pfiouuuu...
(ET) Pour moi un paysage c'est une étendue, une grande étendue dans laquelle on peut s'installer et qui est belle, qui nous donne envie de la voir, de rentrer dedans, mais à partir du moment où tu commences à t'enfoncer dedans, où tu es dans ce paysage, tu en fais partie, tu es content, mais il n'y a plus cette vue qui te… Il ne faut pas simplement aller dedans, il faut aussi le regarder. Et après un paysage en particulier, je ne pense pas. Et puis le geste pour moi ce serait toute la nature qui le façonne : tantôt une pluie, tantôt une grêle, tantôt une neige, tantôt… Et tous ces gestes, que tout soit une explication scientifique de quelque chose qui fait partie du quotidien, et pour moi ce serait ça le geste.
(NL) Pour moi le paysage c'est ce que je vois à travers la vitre d'un train ou la vitre d'une voiture. C'est ce qui se découpe et qui bouge sous mes yeux. Enfin c'est peut-être aussi parce que ce sont des moments où on peut vraiment se laisser porter par ce qu'on voit, quand on ne conduit pas. Donc le paysage c'est quelque chose qui bouge. Et du coup à l'inverse, le geste, dans ce paysage, ce serait dans quelque chose de mobile, ce qui bouge.
(S) Pour moi le paysage contrairement à JM, ça serait plutôt le plus naturel qu'il soit, ou il y a si possible si possible très peu de traces de l'être humain que ce soit la mer ou la montagne ou la campagne, peu importe quel type de paysage. Avec de l'infiniment loin, et aussi près… Par exemple, un arbre en premier plan, avec derrière la mer. Le geste ça serait, plutôt quelque chose comme remercier.
(KT) Pour moi c'est quelque chose qui s'étend à l'infini, quelque chose où on se noie presque un peu dedans, qui donne le vertige. En fait voilà, c'est exactement ça : qui donne le vertige et qu'on a envie de croquer à la fin. Et le geste c'est que je puisse m'y enfoncer, m'y assoupir, y être bien, me détendre, être … Voilà, tout laisser, le corps, l'esprit. Que je puisse rentrer dans le paysage.
(V) Pour moi c'est un grand espace, avec une ligne d'horizon, des vallons. C'est plus associé à la campagne. À l'idée d'étendue aussi, de perte de vue. Et ensuite, au niveau des gestes je suis tentée, j'en ai plusieurs ; y'en a un c'est courir et parcourir, l'autre c'est ouvrir et tournoyer, et le troisième c'est s'allonger.
(S) Pour moi le paysage ça serait plus relié en fait à des sensations internes, certainement quelque chose qui ramène à l'enfance. Qui dégage des choses, où on est bien, de quiétude et un peu de souvenirs, de famille, ou de choses qu'on regarde ensemble. Et le geste je pense que ce serait cueillir, parce que je suis très attachée aux fleurs, et voilà.
(ML) Pour moi le paysage c'est un ensemble d'éléments en fait, naturels ou pas, qui s'offrent au regard. Proches, lointains. Les paysages urbains, je trouve ça super intéressants aussi, ça m'attire beaucoup. Et le geste ce serait une manière de pénétrer ce paysage : donc marcher, courir, pédaler - puisque c'est plutôt mon moyen de locomotion, en campagne ou en ville. Mais j'avais aussi cette idée de cueillir, c'est venu assez rapidement…
(PF) Pour moi le paysage ça serait une ouverture et un horizon, où nous êtres humains, on puisse savoir qu'on peut y aller ensemble. Voilà. Un truc comme ça. C'est une espèce de devenir commun possible ; déjà le fait que ce soit ouvert, qu'il y ait un horizon, et on peut y aller. Voilà. Parce qu'il nous appartient à tous, parce qu'on peut tous avoir une action plus ou moins dessus, et que ça détermine énormément notre devenir commun, à chacun, à nous tous. Donc le paysage, c'est du nous. Et le geste, je ne sais pas : j'en vois pas.
Qu'est-ce que c'est pour toi : gestes de terre ?

(JM) Pour moi c'est le geste agricole - hors contexte projet : c'est la main de l'homme sur la nature.
(?) Un homme penché sur la terre, courbé.
(APC) C'est un geste aussi, pour trouver des aliments de survie aussi quelque part.
(PF) Pour moi, ça peut être une pelle mécanique, qui refait le paysage, des buttes et tout ça, quand il y a des aménagements paysagers par exemple à proximité d'une autoroute.
(S) Ça fait aussi plus penser à une caresse, mais pour la terre du potier, c'est pas la même terre. Geste de terre : c'est le fait de caresser la terre, tourner. - Modeler la terre.
(?) Moi ça me fait penser, comme JM, à des gestes agricoles, je dirai même des verbes : jeter, semer, faucher, couper, arracher, plier, courber, sentir - amasser, glaner, cueillir. - mouiller, glaner, - labourer, - sécher.
(PF) Ça me fait penser, d'ailleurs ça se fait de moins en moins, au geste quand quelqu'un meurt, celui de jeter de la terre sur le cercueil (…). Du coup ça te ramène à un cycle, mais aussi aux ancêtres, ceux qui sont dessous la terre. Si tu frottes bien du pied, il y a les os qui vont remonter. Ca évoque ça.
(JML) Sans trop faire de calembour, la chanson de gestes : gestes de terre, ce sont aussi les histoires de terre. - Des histoires de paysans, de territoire. - Ca fait un peu médiéval. - On appelait les chansons de gestes… - Les récits que faisaient les troubadours : le prince charmant, la transmission orale, l'histoire un petit peu épique, je ne sais pas si c'est trop ça mais… La geste, c'était (…) vraiment la quête, une sorte de récit de quêtes. Donc geste de terre, au féminin, ça change tout quoi. (…)
(?) Gestes pour la terre : geste écologique, etc.
(JML) Geste, c'est gestation aussi. - et gesticulation (PF).
(?) Gestation ça rejoint tout ce qu'on sème et tout ça. L'idée de vie qui commence et qui finit.
(APC) Gestes de terre c'est quand je me fais des masques à l'argile, ou quand je me lave les cheveux au rhassoul - Ou quand on va à Minorque et qu'on se fait des bains d'argile des pieds à la tête. (…) Après tu vas dans l'eau, tu fais une tâche rouge.
(?) C'est aussi marcher dans les flaques d'eau, dans les feuilles, dans la boue, si possible les doigts de pieds nus.
(?) Du geste utilitaire qui nous vient au départ, agricole, après nous vient le geste non utilitaire, qui peut être juste ce que tu dis : - oui le plaisir, qui passe par l'odeur, la vue, les sens : des sensations. Moi j'ai toujours adoré marcher dans les feuilles mortes, et dans les flaques d'eau, j'aime bien, et marcher pieds nus dans la boue, j'adore ça. Vous aussi j'imagine. (…)
(?) Cueillir, etc. : tout ce qui touche aux fleurs.
(APC) Marcher sur la terre c'est pas rien, on a tellement l'habitude de marcher sur du goudron, quand tu vas à la montagne, comme ça et que tu passes de la terre au goudron : ça fait un choc. Plus rien. On est coupé.(…) Sautiller aussi, quand tu vas à la campagne avec les enfants. (…) C'est aussi une façon de prendre… de rentrer en contact avec…
Quelle est ta relation à la terre ?

C'est l'ancrage, c'est celle qui nous nourrit. (…) Pour moi la terre ça va avec la mère, et ce sur quoi on peut s'échapper. Ca te donne une vision du loin, et c'est ce qui rassemble les hommes.

Kathy Thiam
Jeremiah Johnson, Sydney Pollack, 1972
Qu'est-ce pour toi : la nature ?

La forêt.
La rivière, un fleuve. (Laisses-en pour les autres !)
L'air de la nature, quand on part de notre ville, on change d'air.
Moi je dirais les feuilles. (Les feuilles ?) Oui, les feuilles des arbres.
La liberté : quand on est dans la nature, en campagne ou quoi, on se sent libre.
L'air pur.
Le calme, le silence.
Moi, c'est la terre.
Les oiseaux.
La détente : on est bien dans la nature, ça détend.
Les animaux.
La sérénité (Qu'est-ce que c'est ça ?) C'est un moment d'évasion.
La campagne. (Oula !)
Moi, la prairie au milieu des bois.
Euh, les animaux sauvages.
Moi le calme et la forêt.

(PF)
C'est l'opposition d'avec culture. Comment ça, "j'ai pas compris". Pour la culture c'est lié à l'homme, c'est toutes les actions de l'homme. Et la nature, en principe, c'est ce qui peut exister sans l'homme : donc la nature est opposée à la culture. (...) C'est de plus en plus rare…
Qu'est-ce pour toi : le paysage ?

Paysage ? Paysage.
La nature c'est un paysage.
Moi je pense qu'un paysage c'est quelque chose de beau, qu'on a envie de regarder.
C'est des mélanges de tout ce qui compose la nature.
C'est ce qu'on a en face de soi, qu'on regarde.
Un paysage ça me fait penser à la protection de la nature.
Un décor.
Un décor naturel qu'on a envie de mémoriser.
Un regroupement de plusieurs éléments de la nature.
Un tableau.
Un endroit ou quelque chose qu'on aime bien.
Un lieu qui est dans la beauté, qui est beau. (qu'est ce que c'est la beauté ? qu'est ce qui est beau pour toi ?) Ca dépend, ça peut être sur le moment, ou j'en sais rien, un paysage de la nature, ou pas forcément, la ville, ou… sur le moment, qu'on regarde.
Un lieu agréable à regarder.
Un endroit de la nature qu'on aime bien regarder.
(Tu habites en ville ou campagne ? En Brousse ? (…) )
Un mini voyage : parce que chaque paysage est différent, et à chaque fois qu'on change de paysage, on voyage. (Waaah quelle poète.) Le ciel. Parce que dans le paysage c'est beau aussi. (Toi t'es beaucoup dans l'air. Surtout en ce moment).
Un paysage c'est quelque chose qui a plusieurs images. Dans une année, un paysage change. (Très important)

(PF)
Une définition quasi complète à vous tous. Sachant que le paysage ça n'existait pas pour les peuples, disons plus primitifs, par ce qu'il n'y avait encore pas de représentation de la nature, parce que les hommes sont, eux mêmes un élément de la nature, donc ils ne se différencient pas, donc il n'y a pas de paysage.
Le paysage c'est quand l'homme s'est différencié de la nature, et il l'a regardé devant lui, et il s'est mis dans une autre position que d'être immergé dans la nature. (…) les indiens d'Amazonie. Pour qu'il y ait paysage, il faut se séparer de la nature et la mettre devant soi et la regarder, donc c'est un tableau, donc c'est tout ce que vous avez dit. (…)
Quelle est votre relation à la terre ?

Aucune.
Je la protège pas moi la terre.
Le recyclage. Et aussi souvent "style jardin" et tout ça. Quand mon père il a besoin d'aide : j'y vais. Des fois ça me prend avec ma soeur d'aller planter des trucs… Mais après, juste quand y'a besoin d'aide.
Potager, mais il fait à peu près la surface de tout ça.(la salle) On l'a eu fait pas mal (nourrir toute la famille) mais là il a un peu rétréci un peu… Donc là un peu moins quand même.
Moi, rien. (grand-père ? nan ? alors grand-mère.) Non (jamais dans le jardin) : moi c'est plutôt devant l'ordi. J'y vais après dans mon jardin, quand on me l'impose aussi. C'est pas du spontané. L'été j'y vais. 2 semaines, trois semaines par an.
Moi la terre ça me fait penser au travail des champs, aux gens avant qui travaillaient dans les champs. Avec les boeufs, tout ça les charrues.
Moi le jardin. De légumes. De la maison, des grands-parents et tout ça. (Une ferme dans la famille. Tu y vas ? Non) Mais là j'ai un jardin chez moi, donc j'y vais. Les deux (ta mère ou ton père).
Les champs de tabac. Parce qu'en fait depuis petite, j'ai grandi l'été, à voir les gens récolter le tabac. Maintenant moins parce que ça rapporte plus assez, mais quand j'avais 7-8 ans.
Moi, ça serait de passer la tondeuse, dans le jardin à mon tonton. Avec la tondeuse mécanique. (Ca tue ça ! Ca ça démonte hein ! ) Moi je la conduis. Donc voilà, ma relation à la terre.
Le jardin de ma grand-mère. (Il est beau ? Elle y travaille beaucoup ? Tu y vas parfois avec ta gd mère ?) Oui.
Moi, c'est ramasser les légumes avec mon grand-père. (… T'aimes ça parce que tu es avec ton grand père(…), ou c'est le fait d'être dans le jardin que tu aimes ?) Les deux je pense. Je le fais depuis toute petite et c'est resté. Ça m'occupe.

(Vous pensez que vous en aurez besoin à un moment donné quand il n'y aura plus votre grand-mère ?)
Ben oui. Oui oui. Ça va manquer quand même hein. Ben oui, pour plus tard. Oui mais ce sera pas pareil je pense. Complètement différent.
(Qu'est ce qui est différent ?)
Si je le fais toujours mais sans eux, ce sera pas… Y'a un manque en fait.
(Du coup ils vous ont appris plein de choses ?)
Hmmm. Oui.
(La terre : ça peut être la terre d'où on vient.)
Semer des légumes avec mon grand-père. (Tu le fais encore ?) Non. (Souvenir d'enfant ?) Oui.
Moi c'était la forêt : aller cueillir des champignons avec ma mère, et le muguet.
Les oliviers. Par ce que ça appartenait à mon grand-père et qu'il l'a laissé à ma mère et à ses frères et soeurs.
Moi mes deux grands-pères. Je faisais du jardinage avec eux. Ils habitent loin, quand je passais les vacances avec eux quoi. Ils habitent après Toulouse.
Le jardin de famille de mon père. Un potager et les champs à côté. J'ai toujours été dedans.
Le potager de mon grand-père, et la maison de campagne avec mon oncle. On le fait encore des fois, pendant les vacances.

(PF)
Je trouve qu'il y en a beaucoup. En premier, c'est mon grand-père. J'adorais aller au jardin avec mon grand-père. Et j'ai des souvenirs très sympas, avec des lapins, (des lapins ?) des clapiers, des petits lapins.(c'est trop mignon ça !) J'ai ce souvenir là, oui j'ai été attachée à ça : alors on allait dans son jardin, je ne pense pas qu'il s'occupait particulièrement de nous, on était une famille nombreuse, on était cinq. J'aimais bien aller dans son jardin avec lui. Après je trouve que la terre c'est beaucoup lié à l'appartenance identitaire, à la question d'appartenir à… Par exemple moi, je ne peux pas dire que je viens de quelque part. Bon je suis née à Paris, mon père est fils d'émigré sicilien… Je ne peux pas vraiment dire que je viens de quelque part. Par rapport à d'autres gens, ils sont nés là, leurs familles sont là… Par exemple, mon compagnon, ses parents, sa mère est née dans ce village là, toute sa famille est là et une fois on a été dans le cimetière et tous les gens qu'il y avait sous la terre elle les connaissait, elle connaissait tout le monde, elle savait qui était qui… Mais c'est extraordinaire, ça c'est fini, ça, plus personne… Enfin je veux dire, ça n'existe plus, c'est une espèce de musée à elle toute seule. (Un musée ?! Ahah)
Donc c'est vrai y'a le fait d'appartenir à une terre. Et puis la terre aussi je trouve que c'est lié à… la nature, c'est plutôt peut-être du côté du féminin la terre, peut-être pour moi. Par ce que la terre c'est tout ce qui va pousser, c'est la gestation, donc ça rappelle aussi la maternité, etc. Donc pour moi la terre c'est plutôt féminin.
Et puis aussi, la terre c'est les morts, c'est ceux qui sont sous la terre. En fait c'est énorme. En fait vous savez qu'au début, il n'y avait pas de terre. Il y avait de l'eau, il n'y avait pas de terre. La vie elle est venue de l'eau. (…)
Pourquoi alors il y a de la terre ?
(Ben, à cause du réchauffement climatique l'eau s'est évaporée et ça fait de la terre.) Ah nan nan nan.
Toute la terre c'est un processus de décomposition et de mort en fait. Et oui. Mais ça n'existait pas au départ. C'est à dire qu'en fait la vie est sortie de l'eau, le végétal est apparu, le végétal a poussé, et c'est toute la décomposition du végétal, des feuilles, des arbres, des forêts… C'est toute cette décomposition là, sur des milliards d'année, qui a fait la couche de terre. Au départ il n'y a pas de terre. Donc c'est bien le processus de décomposition et de mort qui a créé la terre. Donc pour moi la terre ça fait aussi partie de ce cycle, à la fois de vie, parce que je parlais de gestation, ça pousse ; mais aussi de mort, parce que s'il n'y avait pas ce processus de décomposition - le geste généreux des feuilles qui tombent au sol - pour que le cycle se reproduise à nouveau, on ne serait pas là. Et il n'y aurait pas de terre.
La Terre c'est un caillou, et dessus y'a de la terre.
Bibliographie :
Maria LÉAO, La présence totale au mouvement, Édition Point d'appui, 2003
Danis BOIS et Ève BERGER, Le fondamental en mouvement, Édition Le souffle d'or, 1995
(...) Il entendait établir comment, dans le mouvement rectiligne, il y a la possibilité d'un arrêt, d'une discontinuité, et d'un retour dans le mouvement, ce qui entraîne son imperfection. Au contraire, le mouvement circulaire est "continu" et ne s'interrompt "pendant aucun temps" : d'où la conséquence surprenante au premier abord : c'est dans la circularité que réside la nouveauté, et dans la linéarité la répétition.

Michel Pelissier, Anfractuosité et unification : la philosophie de Nishida Kitaro, 2009
Pouvez-vous me citer un ou plusieurs mouvements liés à la terre, à la nature, au paysage ?

(JML) Je dirais marcher, mais arpenter plus que marcher. Tu marches chez toi alors que dehors tu arpentes. (ML) Je pensais à courir.
(MO) Je pensais à marcher aussi et la foulée. On foule le sol, ou fouler la terre.
(N) La terre et l'idee de se courber, se pencher. Pour planter.
(JML) Cueillir.
(rires)
(ML) Moi aussi j'avais cueillir.
(?) Caresser, toucher. Bien, pas effleurer quoi !
(?) moi aussi j'étais dessus, cercler, bêcher.
(PF) Est ce que vous pouvez avoir un point de vue moins anthropocentré ?
(rires)
(N) sur la terre c'était ça, et après nature ou paysage pour moi, mouvement dans le paysage : le vent.
(?) Virevolter...
(N) C'est le mouvement du vent, donc c'est le souffle.
(JML) La question, c'était... un geste c'est ça ?
(PF) Un mouvement j'ai dit mouvement et après je dis du coup, la question c'est la question du mouvement dehors.
(JML) d'accord d'accord d'accord ... Ce qu'on se disait en arrivant ce matin, c'est le mouvement de la planète, et on disait, à chaque fois que l'on vient c'est différent : ah tiens l'herbe a poussé, donc ça veut dire que... y'a un mouvement, mais c'est un mouvement... Céleste.
(?) Les saisons...
(?) C'est tourner les bras ouverts.
(ML) Les feuilles qui tombent.
(?) Le mouvement des collines.
(JML) Le mouvement des collines, c'est un mouvement en fait qui est figé...
(?) Il y a des choses radicales dans le paysage.
(PF) Si on se place à l'échelle d'une vie humaine ça ne bouge pas beaucoup, mais sur une plus grande période...
(?) Après... mouvement ?
(rires)
La force de dessous, la force qui soutient le paysage. Enfin, la terre finalement ça ne bouge pas, ça soutient, donc c'est... et ça..
(rires) (?) La force tranquille.
(PF) Non, mais je comprends, mais j'ai du mal à poser des mots dessus. Mais... est-ce que ce n'est pas la force de l'attraction terrestre ?
(?) Je suppose. Ça ne s'écrase pas, ça...
(ML) La course des nuages.
(JML) C'est sûr que si tu considères le vent, ça génère énormément de mouvements ; les herbes, les branches... Je veut dire, tout d'un coup, tout bouge.
(?) La course du soleil aussi !
(N) J'ai été en Finlande, et la course du soleil n'était pas la même qu'ici... Toute la journée, le soleil reste visible, mais presque au ras du sol... On ne sait pas s'il est en train de se lever, de se coucher, il est là, il n'est bientôt plus là, mais il vient d'arriver.
(?) Et en terme de mouvement, je ne sais pas si ça rentre mais je sais pas : l'animal.
(PF) Oui, l'animal. Toi qui est apicultrice en plus, c'est quelque chose le mouvement des abeilles. Je trouve qu'à la campagne il n'y a que ça qui fait vraiment nature, c'est quand l'animal sauvage surgit dans ton champ visuel. Parce que, normalement, c'est un surgissement quand tu croises une biche, un chevreuil... Quand tu croises un blaireau, là ça fait vraiment un surgissement de la nature sinon quand tu habites ici ça ne fait pas vraiment nature.
(M) c'est marrant parce qu'à Londres par exemple, il y a des renards. Ils sont dans la rue, et puis il y a un renard comme ça. C'est super bizarre devant le métro. Et c'est vraiment un surgissement. Et dans un environnement qui est très urbain en plus. C'est du béton, et c'est très étrange... deux sphères qui se rencontrent.
(N) Les phénomènes de volcans, de séismes.
(ML) Les marées.
(?) Après il y a l'eau.
(M) Oui il y a l'eau, la rosée, la pluie, et tout.
(JML) La rivière qui s'écoule.
(PF) Ah ! la voilà, la rivière qui s'écoule.
(N) Ah. justement la fonte des neiges.
(ML) Les vagues...
(JML) Les vaguelettes.
(rires)
(PF) Et sur l'activité humaine...?
(ML) Les avions.
(?) Les transports.
(PF) Tout ce qui est lié aux transports, le transport d'énergie aussi.
Le dernier c'est le mouvement de la pensée. C'est quand même important, individuelle et notre pensée aussi... Justement quand tu es dans le jardin, que tu travailles, C'est un monde de silence, la pensée se déroule comme ça... Ça vide la tête, c'est incroyable...
proposer un cadre
qui nous décentre par rapport à notre pratique
ou passer de la salle de spectacle à la ferme,
et aller à la rencontre...
écouter comment une expérience se transmet
écouter ce que la danseuse a vécu durant une semaine dans la ferme.
échanger par la parole autour d'une table
prendre des notes
et en extraire des mots
de ces mots construire une nouvelle liste
de mots.
ne pas savoir où l'on va
se laisser guider par ce qui nous entoure, par les choses en présence.
improviser une méthode de travail qui épouse au mieux la réalité du lieu, l'expérience vécue et témoigne de la rencontre humaine.
émettre le désir de faire quelque chose d'"utile", d'accomplir une tâche ensemble.
partir improviser sous la pluie avec toutes les paroles que l'on vient de partager, avec l'empreinte de nos hôtes, avec le lieu
se donner la possibilité d'être dans le mouvement, dans le son ou la parole, sans catégorisation professionnelle mais en tant que corps avec toutes ses potentialités
et vivre ce moment intensément.
apprendre une chanson "Golondrinas" de Paco Ibanez transmise par Martine.
lire un texte de Jean-Pierre, "Tassili"
être en sympathie et perdre le fil parfois...
décider de débarrasser une coupe de bois dans un "fossé" et de construire un bûcher pour la fête de la Saint Jean dans une "carrière"
et que cela deviennent Le fossé et La carrière.
faire quelque chose qui nous rassemble, qui nous oriente, avoir un horizon commun d'actions.
laisser reposer.
finir de construire une méthode.
attendre le public et être heureux qu'il soit au rendez-vous.
Quelle est ta relation à la terre ?

La terre comme matériau de construction, oui.
La terre pour planter des légumes, ça m'a toujours paru un mystère, parce que ça met longtemps à pousser, ça demande beaucoup de soins. Et puis quand on a fait tout ça, on a une aubergine et elle vaut 1 euro 50 ou 2 euros le kilo, et il en faut 3 pour faire un kilo… T'as gagné 2 euros, ça t'a pris un temps fou, t'as cueilli ton truc, t'es allé sur le marché, tu l'as vendu. Pour moi c'est un truc de fou.
Après ça doit marcher, ça doit permettre de vivre, et puis y'a des gens qui aiment le faire. J'ai toujours pensé qu'il valait mieux aller acheter des tomates au marché que de les planter.

Fernand Ortega
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